Fin juillet 2017 s'est tenu à Paris le 8° Congrès mondial de Psychothérapie sur La vie et l'amour au 21° siècle. J'y ai présenté une communication « Approche jungienne des relations amoureuses actuelles, prédominantes et émergentes »  En voici le résumé :

Les sociétés occidentales apparaissent aujourd'hui paradoxales, avec leur promotion de l'affirmation individuelle et celle du bonheur, l'organisation d'une quête de jouissance et pourtant, dans le même temps, beaucoup de contraintes et de solitude.

 

Comment hommes et femmes y vivent ils leurs relations d'amour, leur sexualité ? Dans quelle mesure les analystes qui les accompagnent ont-ils à prendre en compte ces facteurs sociétaux à côté des facteurs individuels liés à l' histoire, la structure et l'inconscient de chacun? Des éléments de réponse seront donnés à partir de ma pratique jungienne, avec séances individuelles, thérapies de couple et un espace de parole ouvert à toutes les formes de relations.

Les relations hétérosexuelles monogames restent largement plus nombreuses que d'autres formes de relations amoureuses. Pour toutes ces formes cependant de nouvelles façons de faire alliance émergent, notamment entre personnes du même genre ou dans des amours plurielles.

Le processus analytique, lui, est toujours le même, permettant à chacun d'éprouver le sens de la relation qu'il vit, et de mieux sentir les conséquences de son histoire et l'influence de ses croyances. Il comprend que l'autre a aussi son histoire singulière et ses blessures, qui le font, en partie, s'exprimer et, surtout, projeter, en fonction de ses mécanismes de défense.

L'approche jungienne insiste tout particulièrement sur la connaissance par chacun du masculin et du féminin intérieurs. Et ceci permet d'éclairer la question du couple, de sa complémentarité et de sa place dans la société ainsi que celle de l’individu, de sa réalisation avec l’autre. Ce travail est un stimulant pour l'individuation. Il fait avancer vers le Soi, ordonnateur de la psyché, et ce, quels que soient les facteurs sociétaux, le genre ou le nombre des personnes en relation, leur mode d'attachement.

    Je remercie toutes les personnes homos, hétéros, bi, trans, poly, mono qui ont bien voulu répondre aux  questions, ou à certaines d'entre elles, sur ce site ....en écrivant directement sur le formulaire de l'onglet "questions" qui s'affiche sous celui "enquête". J'ai intégré des éléments de vos réponses, anonymes bien sûr, dans le texte de ma communication et je publie à la fin de ce texte, l'ensemble des premiers résultats

     

    Nous sommes maintenant en août et je serais heureuse de continuer à recevoir de sréponses à ces questions, pour préciser ces résultats. Et j'envisage d'autres communications sur ce sujet important de société, vécu suivant les situations avec souffrance ou/et avec espoir. Il faut en parler, réfléchir, avancer

    

 

Voici les premiers résultats :

Des hommes et des femmes viennent nous voir pour leur mal-être, leurs souffrances, leurs questionnements. Leur âge est différent, leurs modes de vie, leurs environnements, ainsi que leurs orientations sexuelles et relationnelles. Quelle place ont ces orientations dans le processus analytique ? Je vais vous faire part de quelques apports d’espace de paroles que j’intègre dans ma pratique.

 

1 Quelques points de réflexion théorique

 

Aujourd’hui la honte du divorce a, dans la très grande majorité des cas, en France, laissé place à une plus grande acceptabilité sociale d’autres formes d’alliances que le mariage, avec des intentions, des durées et des modalités variables. Ainsi l’union libre est elle reconnue par l’administration avec le PACS, sex-friend n’est plus un gros mot, et l’on peut parler plus facilement d’homosexualité et de polyamour .

Cependant beaucoup de préjugés et d’habitudes ont la vie dure. Ils sont présents en particulier dans les débats contemporains sur le genre et l’homoparentalité Présents aussi dans la souffrance que j’entends encore beaucoup exprimé par des personnes homosexuelles dans ce qui leur est renvoyé par leur entourage et dans un vécu de solitude assez fréquent.

Ainsi lorsqu’il est demandé, par internet « « Qu'est ce qui vous est le plus difficile à vivre du fait de votre orientation sexuelle, de vos choix amoureux, de vos modes de relation ?, certains répondent : :

- « « Il y a rien d’intéressant due à mon orientation. J’ai toujours été gay et malheureusement ma vie sentimentale se résume au néant, et à une terrible solitude. Les choix amoureux, je n'ai jamais eu a en faire....à cause de la discrimination, de la peur, de gens qui cherche à nous escroquer sur les sites, ou qui ne cherchent que des relations purement sexuelles, et à cause de la timidité. Trop de discriminations et d'allusions sont encore faites de nos jours pour pouvoir vivre librement notre orientation. » » H, homo, 42

- « « La quasi absence de résonance sociale positive de mon orientation sexuelle et amoureuse dans le quotidien, le rejet, la réduction à une étiquette. » » H, homo, 44

 

Et, en cabinet, dans le fait que la possibilité d’homosexualité est souvent questionnée, en général redoutée. Il peut parfois être bon de rappeler, tout en accompagnant la personne, le continuum de la sexualité énoncé par Kinsey, même si cela date des années 50,

 

0 Exclusivement hétérosexuel(le)

1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuelle ou fantasme.

2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)

3 Bisexuel sans préférence

4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)

5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuelle

6 Exclusivement homosexuel(le)

X Asexuel(le)

sachant que l’évolution de l'orientation sexuelle est possible tout au long de sa vie,

comme celle du type de relation

 

Pour les personne poly, elles vivent plutôt beaucoup de partages de réflexions, d’expériences, tout en restant dans la discrétion.

 

 

2 Quelques apports d’espaces de paroles, en groupe ou sur des forums

 

J’ai recueilli, depuis un an, la parole de personnes homo, hétéro, bi, poly et mono (« « …... » ») de deux façons

  • par un questionnaire proposé sur mon site etresensemble.com, sur le site BeTolerant et par le site Polyamour.info et auxquelles 15 personnes ont répondu

  • dans des espaces de paroles pour poly, les participants, une vingtaine au total, pouvant être homo, hétéro, bi ou pansexuel

Je remercie tous les animateurs et tous les participants

Le nombre de personnes concernées ne me permet de parler d’aucune représentativité mais m’a permis d’avoir accès à des paroles actuelles d’hommes et de femmes.

Ceci me permet de considérer l’actualité des travaux, de 2005, de la psychologue américaine Meg Baker sur le polyamour(« ... ») et d’en voir la pertinence en France aujourd’hui. Beaucoup de points sont comparables :

1 « la capacité d’aider les gens à explorer différentes facettes d’eux-mêmes et peut-être arriver à une compréhension alternative de l'identité de soi à travers les différentes façons dont ils pourraient se voir reflétés dans le yeux des autres avec qui il sont étroitement impliqués. »

 

« « avoir des relations en parallèle permet d'être confrontés à de multiples situations (ce qui prendrait des années si elles devaient se produire successivement), ce qui permet d'apprendre beaucoup sur soi, sur son rapport à l'amour, de gagner en expérience sur la vie d'une relation, ce que l'on en attend, pourquoi on reste (ou pas) avec telle ou telle personne. » » F hétéro-flexible, 38, poly

 

2 « le polyamour est le plus souvent vu comme mauvais ou bizarre, et cette communauté reste donc invisible.. Il est vécu comme menaçant par les monogames qui vivent mal d'être attirés par quelqu'un d'autre, craignant souvent que leur partenaire les quitte. Beaucoup sont gênés par le fait que la distinction entre amis et amants, présents et passés, deviennent floues, certains polyamoureux souhaitant être vus comme une famille »

Ainsi lorsqu’il est demandé par internet « « le plus difficile à vivre du fait de votre orientation sexuelle, de vos choix amoureux, de vos modes de relation » », voici quelques réponses

« « le fait d'avoir du mal à le partager avec tout à chacun, la peur du jugement et la culpabilité qui s'accrochent en référence aux clichés reçus et partagés par les médias, cinémas etc... » » F, bi, 31, poly

 

3 « D'autres parlent du potentiel meilleur ou plus réaliste du polyamour que celui de la monogamie »

« « Ce qui est très intéressant à vivre, c'est de construire (ou d'essayer de construire) une relation qui nous ressemble (à moi et mon partenaire / et ce pour chacun de mes partenaires), loin des chemins tous tracés » » F, hétero, 33, non exclusive

 

4 «  La notion de polyamour comme « naturelle » est très forte….pour d'autres participants le polyamour est un choix individuel valable d'une façon de vivre sa vie : un mode de vie « libre » dans lequel les gens doivent se comporter « responsablement », individus autonomes et rationnels. »

 

Ce dernier point a été développé lorsque j’ai proposé de s’exprimer sur son développement perso, spirituel et politique :

 

perso « « Ce qui m’a fait beaucoup de bien c’est de pouvoir vraiment réfléchir à mon éthique, de l’expérimenter, de partager cette éthique, et enfin de ne plus sentir en moi le poids de la morale » » F pansexuelle, 55, poly

 

spirituel « « mon développement spirituel est en parfaite harmonie avec mes relations : je me suis mise à la méditation, j'ai travaillé l'instant présent, ma capacité d'acceptation : indispensable quand on n'est pas en mesure de tout savoir de nos amours » ». F hétéro-flexible, 38, poly

 

« « compensation du manque d'intégration sociale et relationnelle, par le développement d'une approche spirituelle de soi dans le monde » » H, homo

 

« « j’aime l’ouverture d’esprit qu’apporte le fait de ne pas être dans la norme » » F, homo, 40

 

politique : « «  expérimenter ce mode de relation me prouve chaque jour que la force et la résilience d'un tissu social est proportionnelle à la cohérence interne et à la liberté des individus qui le composent » » F bi, 24, anarchie relationnelle

 

perso, spi et politique

« «  La sensualité est un outil superbe qui peut participer à mon développement personnel, être même une porte vers "le ciel", mais qui peut être aussi redoutable devant le décalage entre ma pensée libertine et l'apparence des comportements plus normalisés. » » H, hétéro, 67, non exclusif

 

Enfin j’ai souhaité mieux connaître les attentes de ces participants en matière d’’accompagnement psy

 

« « vivre des relations affectives profondes "sans filet" met très rapidement face à ses insécurités les plus profondes et face à ses incohérences. Un accompagnement psy permettrait peut-être de plus facilement comprendre et adapter ces insécurités, et de moins/plus les projeter dans la relation sous forme de peur (de l'abandon, du jugement, de la comparaison, de ne pas être unique, etc...) » » F bi, 24, anarchie relationnelle

 

« « cela peut m’aider comme pour n’importe qui j’imagine lors de séparation brutale ou de désaccord dans un de mes couples. C’est un regard extérieur qui m’aide à relativiser » » F, pansexuelle, 55, poly

« « pour guérir la blessure de rejet, et pour la désidentification au surmoi  » » H, homo, 44

 

« « exprimer mes peurs, mes doutes » » F, hétéro, 33, non exclusive

 

« « éviter que de trop nombreux ados ou jeunes adultes et seniors LGBTi tentent de se suicider, ou n’aient, pour la moitié d’entre eux des idées suicidaires à un moment ou un autre de leur vie » » H, homo « heureux »

© Catherine Rouaud     8° Congrès mondial Psychothérapie

©. Créé avec Wix.com

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